Le séminaire sur le Genre et la Désindustrialisation, organisé par Romain Castellesi et Amandine Tabutaud est officiellement de retour pour l’année 2026-2027.
Lien de connexion: https://meet.google.com/yff-nzze-odx
Plus d’informations: https://www.idhes.cnrs.fr/genre-et-desindustrialisation/
Présentation
Mineurs, sidérurgistes, ouvriers de l’industrie chimique ou automobile : la figure du travailleur viril, blanc, père de famille et hétérosexuel a longtemps prédominé dans les récits de la désindustrialisation, essentialisant ainsi ses actrices et acteurs. Le phénomène, « socialement compliqué, historiquement profond, géographiquement divers et politiquement embarrassant »[1] est aussi vieux que l’industrie. Cet objet de sciences sociales aux dimensions multiples s’est imposé ces dernières années comme un vaste champ d’étude en France et dans le monde.
Si les fermetures d’usines sont considérées comme des menaces pour les masculinités, l’expérience vécue par les femmes apparait souvent en marge de la littérature. Face à la déstabilisation des sociabilités et pratiques des communautés industrielles, les regards se sont notamment portés sur l’exaltation d’une virilité des salariés en lutte – forme idéalisée et hégémonique des masculinités – lors des conflits de la dernière chance pour sauver les usines.
Pourtant, en première ligne des suppressions d’emplois, les femmes – particulièrement les ouvrières – sont exposées précocement à la désindustrialisation. Leurs résistances à la « perte de soi »[2] que représentent les licenciements sont généralement présentées comme des luttes de femmes vulnérables, quand ces dernières ne sont pas invisibilisées dans l’analyse du phénomène.
L’envers de cette attitude, touchant à la déstabilisation des masculinités, a également retenu l’attention de nombreuses et nombreux chercheurs ayant montré à quel point le modèle du male breadwinner est entré en crise face à la disparition de l’emploi, avec des répercussions tant dans les relations sociales que dans l’intimité des couples, des familles mais aussi dans les liens amicaux, au travail et en-dehors. Outil de compréhension des identités sexuées et des rapports de pouvoir, le genre nous invite donc à dépasser la binarité des réactions à la désindustrialisation et élargir les approches du phénomène comme une expérience familiale, générationnelle, domestique, professionnelle mais aussi sanitaire et corporelle. Ce séminaire entend donc se faire l’écho des travaux en cours sur les dynamiques genrées de la désindustrialisation, pensées dans une perspective transnationale, comparative et transdisciplinaire.
[1] Jefferson Cowie et Joseph Heathcott (dir.), Beyond the Ruins : The Meanings of Deindustrialization, Ithaca, Cornell University Press, 2003, p. 2.
[2] Danièle Linhart, Perte d’emploi, perte de soi, Paris, Eres, 2002.
Programme
Jeudi 26 novembre 2026
Luca Layen | Ecole normale supérieure (ENS) de Lyon
Une fille de Lip ? Genre, désindustrialisation et grève productive des travailleuses et travailleurs d’Everwear à Saint-Quentin (1974-1975)
Mercredi 16 décembre 2026
Noël Andrissen | IDHES
Loman-Pierre Charrier | Université Clermont Auvergne (UCA)
« Ici on fabrique aussi des hommes » : où en est l’histoire des masculinités ouvrières ?
Jeudi 7 janvier 2027
Steven High | Université Concordia de Montréal
Délocalisation : comment le genre structure le processus mondial de désindustrialisation.
Jeudi 18 février 2027
Inès Delpuech | Université Paris 8 (IHTP)
Femmes ouvrières ou femmes d’ouvriers ? Trajectoires des femmes aux mines en Tunisie, racontées depuis le présent désindustrialisé (années 1950 à aujourd’hui).
Jeudi 18 mars 2027
Lauren Laframboise | Université McGill de Montréal
Stratégies et luttes féministes dans l’Union internationale des ouvriers du vêtement pour dames à l’ère de la désindustrialisation (Montréal-New-York).
Jeudi 15 avril 2027
Anton Perdoncin | CNRS – Centre nantais de sociologie
Jeanne Fourneau-Verdonck | Photographe – Agence Light Motiv
Désindustrialisation, trajectoires et rapports de genre : une recherche photodocumentaire sur les « retours au pays » de mineurs marocains et de leurs familles des années 1980 à nos jours.
Jeudi 20 mai 2027
Ingrid Hayes | Université Paris Nanterre
Les effets paradoxaux de la désindustrialisation sur une association familialiste en déclin : l’Union des Femmes Françaises (UFF), années 1970-1980



