Je m’appelle Loman-Pierre CHARRIER et je suis doctorant en histoire contemporaine. Après un master recherche et l’obtention du master Mondes contemporains à l’UCA, j’ai entrepris une thèse portant sur les ouvriers de l’usine de Sept-Fons. Dans la continuité de mon travail de master, mes recherches visent à comprendre la manière dont ces ouvriers vivent le travail au quotidien. Je cherche également à expliquer pourquoi aucun mouvement social d’ampleur n’a émergé dans cette usine depuis la fin des années 1950, alors même que le territoire s’inscrit plutôt dans une tradition politique de gauche. 

Énoncé du projet 

Histoire d’une « immobilisation » ouvrière : l’exemple de la fonderie de Sept-Fons, une usine en milieu rural (1921 – années 2000) 

Mon travail de thèse analyse, sur le temps long (de 1921 à nos jours), les facteurs ayant conduit les ouvriers de Sept-Fons — une usine située dans le département de l’Allier — à s’« immobiliser ». Ce concept, que je propose à la communauté scientifique, désigne les mécanismes expliquant l’absence de mobilisation sociale. Alors que les ouvriers adhéraient largement à la CGT et participaient activement aux mobilisations jusqu’en 1955 — date de la dernière mobilisation sociale de masse dans l’usine —, ils se sont progressivement immobilisés face aux menaces de suppressions d’emplois et de fermeture du site. Cette absence de mobilisation collective, à l’échelle locale comme nationale, ne signifie toutefois pas la disparition des formes de contestation. Les résistances ouvrières se sont davantage déplacées vers des pratiques d’insubordination individualisées et diffuses. Mes travaux s’inscrivent ainsi dans le champ de l’histoire du quotidien (Alltagsgeschichte), initié notamment par Alf Lüdtke. Grâce à un travail de terrain mêlant histoire orale et observation participante, j’ai pu recueillir les récits et observer, à une échelle micro-historique, ces formes de résistance discrètes qui participent pourtant à une immobilisation plus large du groupe ouvrier. Enfin, l’usine ayant appartenu à plusieurs multinationales — Chrysler, Simca, Peugeot, PSA Peugeot Citroën et aujourd’hui Stellantis — mes recherches comportent également une dimension transnationale.